M. Lisée veut mettre la droite K-O : partie 5 – La Dette

Selon l’affirmation #12 du plus récent essai de M. Lisée, il est faux … mais pas archifaux d’affirmer que «Le Québec souffre d’un des pires endettements au monde».

1) Au début de sa démonstration, M. Lisée affirme que «le déficit québécois est en 2012 nettement inférieur à la moyenne des pays industrialisés».  C’est juste.  Il aurait même pu ajouter que le budget a été équilibré pendant plusieurs années.

Cette nouvelle semble excellente …. jusqu’à ce qu’on comprenne que les chiffres officiels cachent une manipulation comptable.  Rappelons que la comptabilité gouvernementale québécoise a été réformée en 1997-1998 et que l’on a réintroduit l’amortissement des immobilisations.  Ce changement peut-être défendu, mais il reste que cette nouvelle comptabilité diminue la visibilité des investissements publics financés par endettement.  Ainsi, l’État peut annoncer d’importants investissements et s’endetter tout en occasionnant un impact marginal sur le solde budgétaire.   Depuis la réforme, l’atteinte de l’équilibre ne signifie plus que les recettes sont égales aux dépenses.

2) M. Lisée affirme qu’il est trompeur de se fier uniquement à la dette brute, car celle-ci n’offre pas un portrait global.  Il invite donc le lecteur à retenir la dette nette, une mesure qui tient compte des actifs dont nous disposons.  Selon M. Lisée, la dette brute sert uniquement à faire peur au monde.

a) Il n’existe pas un chiffre unique pour quantifier la dette.  L’estimation varie selon la source des données (comptes publics ou comptes nationaux); le niveau de gouvernement; la définition de la dette et élèments inclus.

b) Cela dit, il est vrai que tenir compte des actifs est important.  Personne ne le conteste.  C’est d’ailleurs ce que l’on fait quand on veut évaluer la solvabilité d’un individu ou d’une entreprise.  Mais est-il pertinent de tenir compte de nos infrastructures pour évaluer la situation financière du gouvernement du Québec.  Les économistes affirment que non.  D’abord parce qu’il est difficile d’attribuer une valeur à ces actifs.  Qui connait la valeur marchande du réseau routier, d’un parc ou d’un hôpital?  Ensuite, parce qu’il n’est pas évident que le gouvernement puisse vendre ces actifs pour rencontrer ses obligations.

c) Néanmoins, pour choisir une mesure qui fera plaisir à M. Lisée, retenons la dette nette par habitant (car la valeur absolue de la dette n’est pas très significative), voici ce que nous obtenons, au 31 mars 2011:

Constat:  Le Québec a la dette nette par habitant la plus élevée au Canada.

d) Tenir compte uniquement de la dette du gouvernement du Québec n’est pas très honnête.  C’est comme si nous regardions le solde de notre carte Visa tout en fermant les yeux sur ceux de notre Master Card et Amercian Express.  Il faut donc présenter la « dette à long terme du du secteur public ».  Selon cette mesure, à la dette du gouvernement, on ajoute celles des réseaux de la santé et de l’éducation, d’Hydro-Québec, des municipalités, et celles des organismes municipaux et des autres entreprises du gouvernement.  M. Lisée  ne présente pas cette statistique … et pour cause!

Dette à long terme du secteur public – % PIB – 31 mars 2011

Ce n’est pas tout :

Si on ajoute à cela la part de la dette fédérale qui revient au Québec (évaluée à 17,269$ par habitant en 2010) ….

on retrouve les chiffres du minstère des finances: 

le Québec est effectivement endetté à plus de 90% de son PIB!!!

Remettons ce chiffre dans une perspective internationale :  nous sommes effectivement dans le groupe des pays fortement endettés, en compagnie du Japon, de l’Italie, de la Grèce et de l’Islande.

M. Lisée veut mettre la droite K-O :  ici

M. Lisée veut mettre la droite K-O : partie 2 – ici

M. Lisée veut mettre la droite K-O : partie 3 – ici

M. Lisée veut mettre la droite K-O : partie 4 – ici

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Publié le 1 février 2012, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Pierre-Yves St-Onge

    Effectivement, on ne peut compter les actifs d’Hydro-Québec sans compter ses dettes!

    À Tout le Monde en parle, M. Lisée mentionne que l’on peut vendre Hydro-Québec en dernier recours pour 100 milliards.

    Selon le Rapport Annuel de la société, la valeur au livre de celle-ci serait de 18,500 M$. Je convient que la valeur de certains actifs (nos complexes-hydro-électriques) ont une valeur certainement plus grande qu’indiqué, mais je doûte fortement que cela fasse une telle différence.

  2. «Selon cette mesure, à la dette du gouvernement, on ajoute celles des réseaux de la santé et de l’éducation, d’Hydro-Québec, des municipalités, et celles des organismes municipaux et des autres entreprises du gouvernement.»

    De prime abord je vois une faille dans ce raisonnement. Va pour inclure la dette des réseaux de la santé et de l’éducation, des municipalités, et celles des organismes municipaux, mais quand vous incluez Hydro-Québec et les entreprises gouvernementales, je crois que vous faites erreur. Supposons qu’en tant qu’actionnaire vous détenez 2% de Metro (par exemple), vous détenez alors 2% de son capital action, et non pas 2% de sa dette + 2% de ses actifs. Donc dans le cas du gouvernement du Québec, celui-ci détient 100% du capital action d’Hydro-Québec (un actif au bilan du gouvernement) et il n’y a aucune raison de faire un transfère de passif.

    Je ne sais pas comment vous calculer votre dette nette, mais le seul impact des sociétés d’État sur celle-ci est de la diminuer de la valeur du capital action. Rien d’autre. À ce propos, j’aimerais bien savoir qu’elle valeur vous donnez au capital action d’Hydro-Québec: valeur comptable au bilan (18,5G$)? Estimation de la valeur marchande actuelle (25G$ en posant paresseusement un p/e ratio conservateur de 10)?

    À la rigueur, même 100G$, comme le disait M. Lisée à TLMEP, est une hypothèse réaliste, car advenant une privatisation d’Hydro-Québec, l’État voudrait maximiser la valeur de ses actions en portant les tarifs québécois au même niveau que ceux de l’Ontario, faisant donc probablement quadrupler la valeur de la société d’État.

  3. La dette brute du Gouvernement du Québec est de 160G; la nette est de 107G, ce qui fait moins de 14,000$ per capita

    Les ventes d’HQ sont de 14G par année. A 6 fois les ventes (c’est la base de calcul pour les utilités), ca donne une valeur brute de 84G. Moins 38G de dettes.

    Maintenant tout le monde sait que les tarifs sont ridiculement bas. En les augmentant de 70%, comme les tarifs ontariens, on aurait des ventes de 24G et une valeur aux livres de 144G. Moins bien sûr les 38G de dettes…

  4. Pierre-Yves St-Onge

    Il est très difficile de mettre une valeur de privatisation d’Hydro-Québec. Comme je l’avais mentionné dans mon commentaire, il est clair que les actifs sont sous-évalués au livre. Mais de combien? La valeur comptable du capital-actions est donc aussi sous-évalué.

    On ne peut comparer avec une société publique similaire, car à ce que je sache il n’y en a pas. Même problème à comparer avec la privatisaton d’Ontario Hydro – leurs investissement en infrastuctures était plus porté sur le nucléaire.

    Le P/E de 10 mentionné oublie un fait très important – en tant que société d’état, Hydro-Québec échappe aux impôts sur les sociétés. Son profit en tant que sociétée privée serait du fait moindre.

    Une augmentation des tarifs serait de mise, selon moi, de toute façon, plutôt qu’une hausse d’impôts – les tarifs d’électricité au Québec se trouvant en fait dans le domaine de la subside. Et pour l’environement, ça serait plus efficace de convaincre les gens à économiser l’électricité d’eux même en voulant sauver sur leur facture, plutôt que de faciliter le comportement inverse, et ensuite de multiplier les subventions à l’isolation, le remplacement d’électroménager, l’installation de thermostats intelligents, etc.

    Donc, je suis d’accord avec l’idée d’augmenter les tarifs…. mais en bout de ligne si on augmente les taux d’électricité de 70% pour pouvoir vendre HQ à 100 milliards et qu’on empoche 100 milliards net. Il y a plusieurs résultats directs à ça:
    1) Nous n’avons plus Hydro-Québec! À part la valeur sentimentale, ça fait près de 2 milliards en dividendes annuels qui ne vont plus dans les coffres de l’État. Trou à combler en augmentant les impôts sur les particuliers?
    2) Les citoyens payent maintenant 70% plus cher en électricité — argent qui ne va pas à l’État mais aux nouveaux actionnaires d’HQ.

    Les pauvres, et même la classe moyenne aura misère à payer à la fois un compte électrique presque doublé – et les nouveaux impôts relevés pour compenser la perte des dividendes d’HQ.

    Je crois que même avec ce scénario, il sera nécessaire de faire les réformes nécessaires pour redresser les finances publiques…

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