Haïti: deux ans plus tard

Près de deux ans après le séisme en Haïti, rien n’a vraiment changé.  On nous rapporte que :

Haïti: l’ONU «horrifiée» par la lenteur de la reconstruction

Voici un extrait d’un texte que j’avais écrit le 21 janvier 2010 …. c’est toujours à propos!

L’autre tragédie d’Haïti

Le Journal de Montréal, 21 janvier 2010

La tragédie haïtienne est inqualifiable. On ne peut qu’être anéanti devant l’horreur, la douleur, la faim et le désespoir causés par l’impitoyable séisme. Et on ne peut que saluer l’aide humanitaire déployée par la communauté internationale.

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Toutefois, il faut se demander si le simple fait de reconstruire est suffisant pour sortir le pays de la pauvreté. On peut en douter, car ce n’est pas l’absence d’infrastructures qui explique la pauvreté, c’est plutôt la pauvreté qui explique l’absence d’infrastructures. Et la pauvreté, c’est généralement le résultat d’un système économique qui empêche la création de richesse en décourageant la production et l’investissement.

Or, même avant le séisme, Haïti était déjà le pays de plus pauvre des Amériques avec un PIB par habitant d’à peine 1300$, un taux de chômage de 50% et l’absence quasi totale d’investissements étrangers. «Doing Business», une étude annuelle réalisée par la Banque mondiale, permet d’expliquer cette piètre performance économique. On y apprend, entre autres, qu’ouvrir une entreprise en Haïti exige 13 procédures administratives, 195 jours de travail et un coût équivalant à 228% du revenu par habitant. En revanche, dans les pays de l’OCDE, il ne faut que 5,7 procédures, 13 jours de travail et 4,7% du revenu par habitant. Pour construire un entrepôt, les procédures haïtiennes occasionnent 1179 jours de travail et un coût équivalant à 569,5% du revenu par habitant, contre 157 jours et un coût dix fois moindre dans les pays de l’OCDE. En Haïti, une entreprise qui souhaite enregistrer ses titres de propriété doit y consacrer 405 jours de travail, contre 25 jours dans les pays de l’OCDE. Qui voudrait donc faire des affaires en Haïti dans un pareil contexte?

Corruption généralisée, absence d’un État de droit fiable, analphabétisme, exportations limitées, tels sont les principaux obstacles à surmonter pour sortir cette république de la misère.

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Secourir les victimes du séisme, cela va de soi! Contribuer à la reconstruction, c’est honorable, mais c’est insuffisant pour vaincre la pauvreté. Ce n’est pas en recevant de l’aide internationale qu’un pays s’enrichit, c’est en produisant et en vendant ses biens et services. Or, pour cela, il faut des réformes qui permettent de créer un contexte économique favorable aux affaires.

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Publié le 7 octobre 2011, dans Aide internationale, Corruption. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Je suis d’accord. Il y a une très forte correlation entre la lourdeur bureaucratique et l’augmentation de la richesse.

    J; ajouterais que dans la même optique, il est plus favorable de contribuer monétairement (en autant que les fonds se rendent bien!) que d’apporter une aide actuelle. Plusieurs jeunes se lancent dans des projets de construction d’école, d’hopitaux, etc ou partent en mission pour aider les villages. Encore une fois, les intentions sont louables, mais en bout de ligne il est préférable de faire travailler les gens locaux à faire ces travaux. Cela mets du pain sur leur table, est mieux pour leur fierté d’avoir fait les travaux et encourage l’emploi durable des travailleurs tout en leur fournissant une expérience de travail dans certains cas.

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