On a démocratisé les diplômes!

Les étudiants s’organisent actuellement pour protester contre la hausse des frais de scolarité.  Ils prévoient une manifestation le 10 novembre et peut-être une grève cet l’hiver.  Leurs initiatives sont, à juste titre, fortement critiquées.  Les arguments pour s’opposer au gel des frais de scolarité sont nombreux et bien documentés.  Entre autres:

1) L’éducation est un investissement privé qui permet à la personne qui s’instruit de gagner un meilleur salaire.  Alors pourquoi le contribuable devrait-il assumer l’essentiel du coût de l’éducation?

2) Les jeunes issus de milieux aisés sont plus nombreux à poursuivre leurs études que ceux issus de milieux défavorisés.  Des frais de scolarité bas avantagent donc les familles bien nanties en leur permettant de refiler la facture à des contribuables moins fortunés qu’eux.

3) Les gels successifs des droits de scolarité au cours ont fait en sorte qu’il en coûtait plus cher en 1968 pour aller à l’université que ça n’est aujourd’hui le cas (en dollars constants). La hausse envisagée n’est donc pas exagérée.

4) On peut facilement maintenir l’accessibilité en ajustant les mesures d’aide financière.

5) Les frais de scolarité n’affectent pas l’accessibilité.

6) une éducation de qualité coûte cher à offrir …. ce qui justifie que les étudiants doivent payer plus .

Mais l’éducation offerte et les diplômes obtenus sont-ils réellement de « meilleure qualité »?

Depuis déjà plusieurs années, il est question d’inflation dans les notes dans les universités nord-américaines.: ici, ici et ici.  Deux chercheurs, Stuart Rojstaczer et Christopher Healy, ont analysé l’évolution des notes pendant plusieurs décennies.  Leurs résultats sont déconcertants!  Par exemple, la note « A » représente 43% de toutes les notes, contre 15% en 1960 et 31% en 1988.  Les notes « D » et « F » occupent moins de 10% de toutes les notes. 

Chez nous, la tendance est similaire.  Dans son livre Lowering Higher Education: The Rise of Corporate Universities and the Fall of Liberal Education, James Côté, un professeur de sociologie à la University of Western Ontario et son collègue Anton Allahar ont suivi 12 000 étudiants aux États-Unis et au Canada et ils ont découvert que le nombre d’heures consacrées à étudier diminue alors que les notes augmentent. Au Canada, les notes sont passées en 30 ans d’un C en moyenne à un B+/A-.

Une conséquence immédiate de l’inflation des notes, c’est la dévalorisation des diplômes. On a voulu démocratiser l’éducation … on a démocratisé les diplômes.  Or, les employeurs ne sont pas des dupes.  Ils ont réalisé que les diplômés d’aujourd’hui ne sont pas aussi bien formés que ceux d’hier, et ils ajustent en conséquence les salaires qu’ils offrent.  S’il est normal que les étudiants paient pour leur éducation, il est également normal qu’il en aient pour leur argent.  Quand les établissements d’enseignement cesseront de chercher la maximisation des taux de réussite, quand ils abandonneront le nivellement par le bas, quand la qualité des diplômés passera avant la quantité, les employeurs valoriseront davantage les diplômes.  Peut-être qu’alors les étudiants seront plus disposés à accepter une hausse des frais de scolarité!

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Publié le 27 août 2011, dans Éducation, Effets pervers, Modèle Québécois. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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